Hiver 1956 : il y a presque 70 ans, les P.-O. grelottaient les oliviers « criaient »
Voilà pourquoi nos oliviers ont ces formes sculpturales si spécifiques au Roussillon.
L'Indépendant, 26/02/2016
L’hiver 1956 reste marqué d’une pierre noire dans la mémoire agricole locale. Des températures négatives ont bouleversé l’économie locale. Les oliveraies ne s’en sont jamais remises.
L’Agri des Pyrénées-Orientales, L’hebdomadaire de la coopération et du syndicalisme professionnel agricole du 12 février 1956 titrait : « Près de 3 milliards de dégâts en Roussillon. »
Aujourd’hui encore, on parle du fameux gel de 1956. Durant plusieurs semaines, la température est restée à moins 10 degrés, avec en plus de fortes bourrasques de vent. La totalité des cultures maraîchères a été anéantie. On parle alors de la perte de 40 000 tonnes de salade. « C’est un spectacle d’une cruelle tristesse pour le producteur qui, depuis fin août, avait consacré tout son travail et tout son savoir-faire », explique l’Agri dans ses colonnes.
« Je me souviens encore, explique un agriculteur, mon père disait qu’il entendait “crier les arbres”. Ils craquaient sous l’effet du gel. C’est à ce moment-là que la production de l’olivier a fini par décroître pour de longues années. » Il est déjà loin le temps où le Roussillon était en tête de la production huile d’olive en France. « Au début du XIXe siècle, explique Bernard Rieu, spécialiste de l’olive, on notait la présence de 50 moulins à huile dans le département. En 1848, les Pyrénées-Orientales étaient le département où il se récoltait le plus d’olives. » Puis, les agriculteurs ont préféré les pêchers, les abricotiers, et l’olive est devenue une culture d’appoint, la mode était aux huiles d’arachide ou de tournesol. Le gel a fini par stopper l’oléiculture. « Contrairement à ce qui est souvent dit, précise encre Bernard Rieu, les arbres ne sont pas morts. Ils ont été fortement touchés c’est vrai, la production de l’année 56 a été détruite, mais les troncs et les branches charpentières des arbres ont résisté. Ils sont repartis et aujourd’hui encore, notamment sur la route entre Argelès et Sorède on trouve des oliviers d’avant le gel qui continuent de produire. Ailleurs aussi dans le département. Ces oliviers autochtones ont permis aujourd’hui le maintien des variétés locales et traditionnelles. »
Il faudra attendre tout de même les années 70 pour que l’on remette l’oliveraie à l’ordre du jour. Sous l’impulsion de François Beffara, alors maire de Millas, le moulin de la commune est remis en fonction, et avec l’aide de subventions, les d’oliveraies sont revenues dans le paysage du département.
Denis Dupont
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